Biodiversité : NaTran renature ses sites
Sur plus de 5 000 sites, NaTran déploie depuis deux ans une politique environnementale qui bouleverse ses standards industriels. Abandon total des produits phytosanitaires, accompagnements d’écologues, inventaires naturalistes, renaturation méthodique, … certains sites ont déjà obtenu une reconnaissance environnementale Refuge LPO ou EcoJardin.
« L’objectif, c’est d’accueillir la biodiversité partout où c’est possible et de manière durable. »Pierre Billet
Délégué Biodiversité chez NaTran
Une stratégie environnementale qui change d’échelle
L’environnement, un axe stratégique du projet NaTran2030
L’entreprise s’est engagée à réduire son empreinte sur le climat, la biodiversité et l’usage des sols, trois systèmes planétaires sur lesquels ses 32 500 km de réseau exercent une pression directe. Cette traduction stratégique s’incarne désormais dans une feuille de route chiffrée, en particulier pour les grands sites de plus de trois hectares : soit une trentaine d’emprises qui représentent 200 hectares au total.
« Ces grands sites devront disposer d’un Plan de Gestion Écologique Concerté (PGEC) et obtenir une reconnaissance environnementale d’ici 2030 » indique Pierre Billet, délégué Biodiversité chez NaTran.
Du zéro phyto à la gestion écologique : un virage culturel majeur
Le premier tournant a été radical : la disparition totale des produits phytosanitaires de synthèse en trois à quatre ans sur l’ensemble des sites de NaTran. Ce choix a bouleversé les représentations historiques du « site bien entretenu », autrefois un espace gravillonné, parfaitement nu, sans une pousse d’herbe. Désormais, une végétation spontanée refait surface : parfois maîtrisable, parfois envahissante. Ce virage implique une acculturation rapide, incluant une compréhension des espèces ligneuses à éviter, une adaptation des hauteurs de végétation pour maintenir l’exploitabilité ou encore l’acceptation de paysages plus spontanés. L’accompagnement se fait par un réseau interne, éclairé par de très nombreux échanges avec les partenaires de l’entreprise. Et petit à petit, les équipes NaTran s’approprient cette nouvelle philosophie. Les premières fauches tardives ont été testées loin des zones visibles, puis étendues.
« Rien de spectaculaire à priori, mais des aménagements qui changent profondément la vie de la faune locale » souligne Pierre Billet.
2025 : les premiers sites reconnus
Certains sites ont déjà obtenu les reconnaissances Refuge LPO* et EcoJardin**, validant un basculement complet des pratiques : cartographies d’habitats, révision des modes d’entretien, aménagements ciblés, suivi d’experts. « On ne veut pas s’auto-décerner des bonnes notes, il faut être challengé » résume Pierre Billet.
En 2025, ce sont 4 sites pilotes qui ont ouvert la voie. Pitgam (Nord), Saint-Victor (Allier) et Vindecy (Saône-et-Loire) ont obtenu la reconnaissance Refuge LPO après un accompagnement poussé : inventaires d’avifaune, installation et suivi de nichoirs, reconfiguration de zones en fauche tardive, création de micro-habitats.
De son côté, Taisnières-sur-Hon (Nord), accompagné depuis plus de dix ans par le Parc naturel régional de l'Avesnois, a décroché EcoJardin, soutenu par une gestion exemplaire et une connaissance fine de ses milieux.
« Ces pionniers ont servi de matrice méthodologique : comment choisir les aménagements pertinents, comment convaincre les équipes, comment organiser les suivis scientifiques, comment dialoguer avec les partenaires locaux... » précise Pierre Billet.
*LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) : créée en 1912, la LPO œuvre pour la protection de la nature à travers 3 missions principales : la connaissance et la conservation de la biodiversité ; la préservation et la gestion des espaces naturels ; l'éducation à l'environnement et la mobilisation de la société.
**EcoJardin permet aux gestionnaires de sites d'espace vert d'afficher leurs engagements en matière de gestion écologique de ses espaces. L'audit qui permet d'obtenir le label, réalisé par un organisme indépendant, se base sur des critères bien définis.

« Les exploitants restent les artisans du changement : ce sont eux qui testent les modes de fauche, ajustent les plantations, suivent les nichoirs, apprennent à gérer la végétation autrement »Pierre Billet
Délégué Biodiversité chez NaTran
Le rôle structurant du programme bEES
Lancé progressivement à partir de 2023 et pleinement opérationnel depuis 2025, le programme bEEs s’est imposé comme l’ossature du virage écologique de NaTran. Il rassemble une équipe transverse d’une dizaine de personnes (départements biodiversité, opérations, recherche & innovation…) chargée de définir les méthodes, d’aider les exploitants, de choisir les partenaires et d’assurer la cohérence nationale. « Les exploitants restent les artisans du changement : ce sont eux qui testent les modes de fauche, ajustent les plantations, suivent les nichoirs, apprennent à gérer la végétation autrement » souligne Pierre Billet.
Les équipes bEEs sont là pour diffuser une expertise opérationnelle, documentée dans une base de connaissances et évaluer l’impact précis des actions. Chaque site engagé bénéficie ainsi d’un suivi sur mesure, depuis les inventaires naturalistes jusqu’au choix des aménagements (mares, haies, nichoirs, fauche raisonnée) en passant par l’analyse des contraintes d’exploitation. C’est grâce à ce cadre structuré que les Plans de gestion écologique concertés (PGEC) peuvent se déployer, que les reconnaissances LPO et EcoJardin deviennent atteignables et que la culture interne évolue.

Labellisation EcoJardin du site de Taisnière-sur-Hon (Nord) - Photo : NaTran / Christophe Dewailly
A propos de bEEs...
Créé en 2023 dans le cadre la politique environnement de NaTran et sa politique RSE (engagements "Biodiversité et Usage des Sols"), bEEs est un dispositif d’éco-soutien constitué de collaborateurs multi-directions qui se donnent comme mission d'accompagner les équipes dans leurs démarches biodiversité mises en place sur les sites et secteurs dont ils ont la charge.
2026 : l’extension rapide du programme bEEs
L’année 2026 marque une phase d’accélération.
Dix sites démarrent des inventaires LPO, parmi lesquels Dierrey (Aube), Morelmaison (Vosges), Cerville (Meurthe-et-Moselle) ou Laneuvelotte (Meurthe-et-Moselle). Côté ouest, Cherré-Au (Sarthe) et Auvers-le-Hamon (Sarthe) sont accompagnés par le Centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE).
« Châteauroux, qui est un gros site logistique de NaTran, est en train d’engager un plan structuré de plantations de haies avec le Pays Castelroussin Val de l'Indre. Roussines (Indre) creusera bientôt une mare. Plusieurs exploitations ont déjà reçu leurs nichoirs de printemps » explique Pierre Billet. NaTran consacre un budget dédié à ces aménagements : 150 000 € en 2026. Une somme modeste à l’échelle de l’entreprise, mais décisive pour multiplier les actions concrètes. « L’essentiel n’est pas le coût : ce sont des aménagements simples, mais qu’il faut décider, suivre et intégrer dans nos pratiques » rappelle Pierre Billet.
À Saint-Herblain (Loire-Atlantique), un site tertiaire en travaux, le chantier intègre dès la conception des aménagements biodiversité.
L’écoconception : quand la biodiversité entre dans les plans de construction
Cette dynamique ne s’arrête pas à la gestion : NaTran veut aussi revisiter les standards de construction.
Un guide interne d’écoconception est en cours de déploiement, afin de sensibiliser les équipes à la sobriété foncière, la réduction des surfaces imperméabilisées, l’optimisation des matériaux, ou encore l’intégration systématique de critères carbone et biodiversité.
Le rebours de Trémentines (Maine-et-Loire) est devenu une démonstration : des pavés perméables intégrant des coquilles d’huîtres recyclées, capables de réduire de 5 à 10 °C la température de surface en été par rapport à un enrobé classique. Une innovation circulaire, moins émissive, plus adaptée au changement climatique. « Ce qu’on construit maintenant doit être exemplaire » insiste Pierre Billet. Demain, un poste gazier pourra avoir un accès en revêtement terre pierre, des haies en limites d’emprise, des zones enherbées tenues mais vivantes et des espaces perméables dès que possible.

Poste de rebours de Trémentines (Maine-et-Loire) - pavés perméables intégrant des coquilles d’huîtres recyclées (photo : NaTran / Julien Gazeau)
Focus sur le collectif La Pépinière
Dispositif NaTran composé de collaborateurs experts et engagés, La pépinière met en place des initiatives et des bonnes pratiques à destination des acteurs de projets (chefs de chantiers, pilotes de projets, superviseurs…) pour des chantiers éco-engagés. A ce jour, plus de 35 bonnes pratiques ont vu le jour, regroupées en thématique : Préserver des milieux naturels, optimiser les ressources, agir pour le climat… Le pavage en coquilles d’huîtres de la station de rebours de trémentines est une des initiatives mises en place par le collectif...
« Dans les mois qui viennent, entre six et dix nouvelles reconnaissances Refuge LPO et EcoJardin devraient être obtenues »Pierre Billet
Délégué Biodiversité chez NaTran
Ce n’est que le début...
Derrière les mares, les haies et les nichoirs, c’est une transformation systémique qui se joue.
Les équipes analysent de plus en plus l’impact environnemental des projets, les exploitants apprennent à faire évoluer un métier qui restait très minéral et les partenaires naturalistes deviennent des alliés opérationnels. NaTran a choisi de voir la préservation de la biodiversité comme une opportunité.
La dynamique est lancée.
Pour aller plus loin...